NICOLAS SARKOZY ET LES FRANCAIS - 2007 - 2012

NICOLAS SARKOZY - DISCOURS Sur la Défense et la Sécurité Nationale



DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Sur la Défense et la Sécurité Nationale
Porte de Versailles – mardi 17 juin 2008

Monsieur le Premier ministre,
Madame et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, je suis venu vous parler de la France et de la sécurité des Français. Il n’y a pas de liberté,
il n’y a pas d’égalité, il n’y a pas de fraternité sans sécurité.
Je veux parler de sécurité aux Français, en leur tenant un discours de vérité.
Je veux parler de la sécurité à ceux qui s’y consacrent sans compter, en particulier aux militaires et aux
forces de sécurité intérieure et de sécurité civile. On doit pouvoir leur en parler sans qu’ils redoutent
une remise en cause de leur engagement.
Je veux m’adresser également à nos partenaires en Europe, je veux m’adresser à nos Alliés, je veux
leur dire comment la France entend participer à notre sécurité commune. Au fond, je souhaite parler à
toutes les nations, et leur dire quel sera désormais l’engagement de la France pour le maintien de la
paix.
A tous, je veux adresser un message simple : la France veut la paix, la France veut la sécurité. Pour
elle-même et pour le monde.
Je veux vous dire, et dire à tous les Français, que la politique de défense et de sécurité de la France est
à la croisée des chemins.
Nous devons aborder avec lucidité, avec sang-froid, les enjeux de sécurité de ce début de XXIème
siècle.

***

Notre première ambition, c’est que le monde qui vient soit un monde meilleur.
Un monde meilleur c’est un monde où il y a de la liberté, de la démocratie et le respect des droits de
l’homme.
Un monde où la responsabilité l’emporte sur l’égoïsme. Un monde où le dialogue et l’ouverture aux
autres auraient vaincu le radicalisme et l’enfermement dans des idéologies de haine et d’exclusion.
Un monde qui trouverait, par la coopération et le dialogue, des solutions viables aux défis globaux du
changement climatique, des grandes pandémies, de l’accès à l’eau et aujourd’hui de l’accès aux
matières premières.

Un monde où chaque homme et chaque femme pourrait accéder dans son pays à une vie décente, à
l’éducation et à la santé.
Une communauté internationale, enfin, qui se rassemblerait autour d’institutions multilatérales solides,
représentatives des réalités d’aujourd’hui, à commencer par le Conseil de Sécurité et le G8 qui doivent
être élargis à de nouveaux membres.
J’en ai la conviction, c’est la vocation de la France de porter cet idéal de paix et de liberté. C’est la
vocation de l’Europe de l’incarner dans le monde actuel.
Car l’Europe, quels que soient les aléas institutionnels, a surmonté ses divisions, ses affrontements
historiques, pour créer, par une union toujours plus étroite, un modèle unique de coopération entre les
Nations. Notre Europe démontre au monde entier qu’entre des peuples qui se sont tant combattus, on
peut construire un destin commun de paix et de prospérité. Ce n’est pas facile mais c’est quand même
plus facile que ce que le continent, notre continent a connu avant l’Union européenne et, franchement,
ceux qui vivaient avant l’Union européenne seraient bien amusés de nous voir si préoccupés par les
débats institutionnels qui sont les nôtres, eux qui ont eu à vivre des affrontements meurtriers et
moyenâgeux.

***

Chaque époque historique a un esprit. L’esprit du XXIème siècle, c’est la mondialisation. Prendre
notre place dans ce monde nouveau, c’est notre premier objectif.
Nous avons tout pour y figurer au premier rang. Le dynamisme de notre population. Notre vitalité
démographique. La puissance de notre industrie. L’excellence de nos technologies. La qualité de nos
infrastructures. La richesse de notre patrimoine. Les enseignements de notre histoire.
Nous avons le devoir d’y figurer au premier rang. Nous sommes membre permanent du Conseil de
Sécurité de l’ONU, nous portons une responsabilité particulière pour le maintien de la paix et de la
sécurité internationale. Être membre permanent, ce n’est ni un statut, ni un privilège. C’est une mission
au service du monde. J’ajoute que les pays qui souhaitent exercer ces responsabilités doivent aussi
comme nous être prêts à en payer le prix du sang. J’entends que la France soit capable d’assumer cette
responsabilité et de s’engager pour mettre en oeuvre les principes de la Charte et la responsabilité de
protéger. C’est ce qu’elle a fait encore cette année au Tchad, en prenant l’initiative, cher Bernard
KOUCHNER, du déploiement de l’EUFOR. Et si la France n’avait pas été là, qui aurait fait à notre
place ? C’est ce que nous faisons en Afghanistan avec le renforcement de notre contingent, dans le
cadre des mandats de l’ONU.
Mais c’est l’incertitude qui est la marque du monde actuel. L’incertitude est fille de la mondialisation.
L’incertitude est donc le fondement d’une nouvelle stratégie pour la France. Cette stratégie reposera
sur la capacité d’anticipation et l’autonomie de décision. D’ailleurs, le Premier ministre le sait
parfaitement sans capacité d’anticipation quelle est l’autonomie de décision ? Nulle.
La mondialisation a permis de formidables progrès : de plus en plus de peuples connaissent la
démocratie, des dizaines de millions d’êtres humains sont sortis du dénuement, l’information et les
connaissances se diffusent.
Mais la mondialisation n’a éliminé ni les dangers, ni la guerre. Le monde est confronté au terrorisme
de masse, aux tensions qui naissent de la course aux matières premières, à des risques naturels et
technologiques croissants.
L’Asie a connu un développement économique sans précédent. L’Asie est devenue un nouveau centre
de gravité stratégique. Des facteurs de risque y persistent. L’Europe a un intérêt fondamental à la
sécurité de la principale zone de croissance du monde.

Aux portes de l’Europe, dans la zone qui va de l’ouest africain jusqu’à l’Asie, en passant par la
Méditerranée et la région du Golfe, les facteurs d’instabilité et de violence sont nombreux :
revendications identitaires, radicalisations, conflits ouverts ou latents, terrorisme et même
prolifération.
En Afrique, notre plus proche voisin, des tensions perdurent, prospérant sur des carences de la
gouvernance, sur la pauvreté, le sous-développement, les trafics. Là aussi, des groupes terroristes
s’implantent et instrumentalisent des situations pour favoriser quoi ? Leurs objectifs criminels.
En Europe, nos frontières terrestres et maritimes ne sont plus sûres. Et la Russie est revenue à une
politique d’affirmation de sa puissance. Ce n’est insulter personne que de le dire.
Dans ce monde qui change, où émergent de nouvelles puissances économiques et militaires, le poids
démographique et économique de l’Occident décroît mécaniquement. Nous conservons des atouts
considérables, grâce à notre dynamisme et à notre technologie.
Depuis 15 ans, la France n’est plus menacée d’invasion. Les menaces ont changé de nature, elles sont
diverses, mouvantes. Elles nous semblent lointaines, mais, ne nous y trompons pas, notre territoire
national comme le territoire européen peut être frappé demain. C’est à ces menaces que la France, le
peuple français, doivent être préparés.
Nous ne pouvons exclure la réapparition d’une menace majeure, de quelque nature qu’elle soit, qui
mettrait en péril la survie même de la Nation.
Alors aujourd’hui, la menace immédiate est celle d’une attaque terroriste. Grâce à l’efficacité de
l’ensemble de nos forces de sécurité, la France n’a pas été atteinte au cours de ces dernières années.
Mais la menace est là, réelle, et nous savons que cette menace peut prendre demain une forme
nouvelle, encore plus grave, avec des moyens radiologiques, chimiques et biologiques.
La prolifération continue de se développer. Un nombre croissant de pays vont disposer de missiles
balistiques dont il faut bien dire que la portée s’allonge, jusqu’à atteindre plusieurs milliers de
kilomètres, jusqu’à pouvoir frapper l’Europe.
Le risque d’attaques informatiques qui pourraient paralyser la Nation, n’est déjà plus une simple
hypothèse : la France et plusieurs pays européens en ont été des victimes récentes.
Enfin, les systèmes spatiaux eux-mêmes ne sont plus invulnérables. Or ils sont essentiels à nos
sociétés développées.

***

Face à ces menaces, la séparation entre sécurité intérieure et sécurité extérieure s’efface. Il est urgent
pour la France d’en tenir compte. C’est la raison pour laquelle le Livre blanc définit une nouvelle
stratégie de sécurité nationale. C’est la raison pour laquelle avec le Premier ministre, nous avons
décidé la création d’un nouveau Conseil de défense et de sécurité nationale que je présiderai, qui sera
le lieu de débat et de décision du Gouvernement pour mettre en oeuvre cette stratégie. Il pourra
s’appuyer sur les analyses d’un Conseil consultatif de défense et de sécurité nationale, composé de
personnalités qualifiées.
Bien sûr, il est très difficile de se mobiliser pour des dangers qui ne se sont pas encore matérialisés.
Mais la défense de la France se joue désormais tout autant à l’intérieur de son territoire qu’à des
milliers de kilomètres. La solution n’est pas de fermer les yeux sur nos vulnérabilités, mais, au
contraire, de les regarder bien en face pour pouvoir les réduire. Nous devons accroître la résilience du
pays, c’est-à-dire sa capacité à retrouver rapidement un fonctionnement acceptable, sinon normal, face
à une crise majeure.

***

Pour relever ces défis, nous ne devons pas hésiter à remettre en cause nos certitudes et nos habitudes,
c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire en France.
Les Français ont confiance dans leur armée et les Français ont confiance dans les forces de sécurité, ils
ont raison, car les hommes et les femmes qui les composent ont un dévouement sans faille. Mais les
Français observent le monde qui change autour d’eux, et dans le fond, les Français ne savent pas
vraiment ce qui est fait pour les protéger et pour défendre leurs valeurs.
Les militaires sont motivés par leurs missions, les militaires sont fiers, à juste titre, de la confiance de
leurs compatriotes. Pourtant, chaque jour, ils constatent les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
On va parler clair : la disponibilité des matériels ou le renouvellement des équipements majeurs. Il n’y
a pas un militaire qui ne se pose pas des questions. Ils ne comprennent pas que l’effort considérable,
car il est considérable, fait ces dernières années pour redresser le budget de la défense ne se traduise
pas rapidement dans leur quotidien. J’ai bien conscience qu’il y a un décalage entre les masses de
crédits immenses dont on entend parler et la réalité de ce que voient nos militaires sur le terrain.
Les forces de sécurité savent que leurs missions vont bien au-delà de la garantie de la sécurité
quotidienne des Français. Elles sont conscientes qu’elles jouent un rôle fondamental dans la sécurité
de la Nation. Elles le voient au quotidien quand elles participent à des exercices de crise, ou quand
elles participent au plan Vigipirate. Mais les forces de sécurité, et même les armées, savent-elles
vraiment ce que la Nation attendrait d’elles, si elle venait à subir une crise de très grande ampleur sur
le territoire ?
Tous savent que dans un monde marqué par l’incertitude stratégique, la France doit changer pour
rester elle-même. J’ai un devoir, en tant que chef des armées, c’est de dire à chacun la vérité, en tout
cas, telle que nous l’avons analysée.
Pour construire l’armée professionnelle, la France a consenti un effort important, mais elle a aussi
rencontré des difficultés indéniables qu’il n’est pas possible de résoudre simplement en ajoutant des
crédits. Malgré les efforts récents, notre planification de sécurité, dans la perspective de crises
majeures, n’est pas à la hauteur, ni de l’attente des militaires, ni de l’attente des Français.
Ces difficultés, je le dis comme je le pense, ne doivent plus être « secret défense ». Ces tabous, je veux
les lever. Ces défis, nous allons les relever. En disant où nous en sommes vraiment, et où nous devons
aller, au fond je veux rendre son sens à l’action collective, qui est une valeur fondamentale de toute la
communauté de défense et de sécurité. D’abord pour qu’il y ait de la confiance, il faut qu’il y ait de la
vérité. C’est la clé.
Pour assurer la sécurité de nos enfants, la communauté nationale et la communauté de la défense et de
la sécurité doivent se mobiliser, ensemble.
Je pense aujourd’hui à nos enfants, et aux enfants de nos enfants. Il ne faut pas qu’un jour, ils nous
reprochent d’avoir renoncé aux ambitions et au rang de la France. Car le rang de la France, c’est
l’héritage que nous tenons de nos pères. Nous avons le devoir de le transmettre aux générations
futures. Le problème, c’est que les difficultés, on les a au moment pour la décision, les avantages, on
les a très longtemps après.
Mais si nous leur laissons, à nos enfants, une montagne de dettes, ils pourront tout autant nous
demander des comptes. L’indépendance d’un pays, c’est aussi son indépendance financière, et nous
savons tous qu’il n’est pas bon pour le pays de dépenser chaque année plus que la totalité du budget de
la défense simplement pour payer les intérêts de la dette. Ce n’est quand même pas moi qui invente
cette situation. Chaque année, plus que le budget de la défense pour payer simplement les intérêts de la
dette. C’est une vérité, elle n’est pas bonne à entendre. Mais c’est une bonne vérité. Et je n’ai pas

l’intention de la masquer et les militaires sont des citoyens. Ils doivent aussi connaître le contexte dans
lequel les responsables premiers d’un pays prennent leurs responsabilités. Un budget de la défense
pour payer les intérêts de la dette, ce n’est pas de l’indépendance financière. Et ce n’est pas de
l’indépendance tout court.

***

Les enjeux sont immenses. En tant que chef des armées, j’en suis conscient. Je le dis aujourd’hui : la
France restera une grande puissance, une grande puissance diplomatique, Monsieur le ministre des
Affaires étrangères, et une grande puissance militaire, Monsieur le ministre de la Défense, je m’y
engage. Avec le Premier ministre, ce ne sont pas des choix que nous faisons à la légère. Je sais que
l’on m’a reproché de m’exprimer sur ces questions un peu tard. Pour analyser la situation, il faut un peu
de temps, surtout pour prendre les décisions que je vais annoncer.
Je m’engage à ce que la France soit une grande puissance diplomatique, une grande puissance
militaire, devant les Français.
Je m’y engage vis-à-vis de chacun d’entre vous, vous qui avez fait de cette ambition une vocation.
Je m’y engage vis-à-vis de nos Alliés et de l’Europe, parce que l’Europe et nos Alliés attendent de
savoir ce que nous allons faire. Nous ne sommes pas seuls.
Comme vous, j’entends les déclinistes et les pessimistes. Ils annoncent que le Livre blanc donnerait le
signal du déclassement militaire de la France.
Moi, je retourne la question. Où est-il, le déclassement militaire de la France ? Dans la capacité à
projeter une force de 30 000 hommes, partout dans le monde ? Alors on n’a pas la même conception
du déclassement. Ou dans le constat que notre armée d’aujourd’hui n’a qu’un char Leclerc sur deux
en état de fonctionner ? Cela, c’est du déclassement militaire.
Pensez-vous qu’il réside dans l’affichage complaisant d’un modèle d’armée doux aux oreilles, mais
dont on sait qu’il ne sera pas financé ? Ou dans la vérité et la cohérence des ambitions et des moyens ?
Je ne serai pas l’homme qui mentira à la communauté militaire et à la communauté de défense. Ni à
personne d’ailleurs.
La vérité c’est que nous devons arrêter de maintenir à bout de bras certains des matériels dont vous
vous servez tous les jours : des avions ravitailleurs qui ont 45 ans, des blindés légers qui ont 28 ans,
des hélicoptères Puma qui ont 30 ans. Alors il faut investir davantage dans les équipements. Et pour
cela, il faut faire des choix.
La vérité c’est qu’il faut arrêter de croire que notre armée se mesure à la hauteur de ses seuls effectifs.
Il faut une armée équipée, entraînée, modernisée. Dans le contexte financier dont j’ai parlé, il faut faire
des choix et il faut regarder la situation telle qu’elle est.
J’entends dire « l’objectif d’économies l’a emporté sur les ambitions militaires ». C’est quand même
extraordinaire ! C’est exactement l’inverse, ce que nous avons fait, avec le Premier ministre et le
Gouvernement : ce sont précisément les économies qui permettront de réaliser les ambitions militaires
qui correspondent à notre stratégie. C’est le bon usage de l’argent public qui permettra de renforcer
nos capacités opérationnelles.
C’est là tout le sens de mes décisions et ce ne sont que des décisions de bon sens. On ne construit pas
une défense pour elle-même, on la construit pour répondre à une stratégie et à des besoins. Et ils
évoluent en permanence. C’est ce que nous faisons aujourd’hui : adapter notre défense à la réalité ou à
la probabilité des menaces pour les 15 ans à venir et trouver les marges financières pour lui garantir les
équipements dont elle a besoin. Plus facile à dire qu’à faire, j’y viens.

C’est pourquoi, je m’engage à consacrer 377 milliards d’euros d’ici 2020 à nos armées dont 200
milliards d’euros pour les équipements. Que l’on m’entende bien, le budget de la défense ne baissera
pas, l’inflation sera compensée, et le budget progressera dès 2012, donc pendant mon mandat.
Car il y a une cohérence dans tout ça. Toutes les réformes se tiennent. Elles visent, comme je m’y suis
engagé, à revenir au plein emploi et à augmenter le potentiel de croissance et d’innovation de notre
économie. Toutes les réformes que nous avons lancées, et pas seulement celle de la défense,
permettront de nous recréer des marges de manoeuvre qui, en retour, bénéficieront aux missions
prioritaires du pays. Sur ces objectifs, je m’engage aujourd’hui, avec François Fillon, vis-à-vis de vous
et vis-à-vis de tous les Français.
Les réformes que nous avons confiées à Hervé Morin, c’est 3 milliards d’euros de plus par an pour
l’équipement des forces armées. C’est quelque chose, quand même, 3 milliards d’euros par an dans le
contexte actuel. C’est une hausse de près de 20% des crédits d’équipement. On en a besoin et ce n’est
pas du luxe.
C’est pour cela que ces réformes il faut les faire ; parce qu’on va réinvestir dans la défense tout ce que
l’on aura économisé. Dans les matériels, mais aussi dans l’entraînement et dans la condition militaire.
Le Premier ministre et moi, allons inscrire ce principe dans la loi de programmation militaire.
Pour m’engager auprès de vous, j’ai demandé au ministère de la défense et au ministère des finances
qu’ils se mettent d’accord sur les moyens à accorder à la défense. Je dois d’ailleurs, cher François,
rendre hommage à nos deux ministres, pour le travail en commun qui a été engagé.
C’est avec cela que nos fantassins pourront s’engager à moindre risque dans des opérations en zone
urbaine.
C’est avec cela que nos forces auront enfin une vraie mobilité stratégique et tactique.
C’est avec cela que nous resterons dans le peloton de tête des armées qui comptent.
Ma responsabilité, c’est qu’à chaque fois que nous décidons d’envoyer un soldat français en opération,
il ait l’entraînement, les équipements et l’environnement nécessaires à sa mission, pas de façon
théorique, de façon réelle.
Je sais que chacun d’entre vous espère servir dans une telle armée. Je sais que les Français espèrent
tous être défendus par une telle armée. Nous allons la construire.
Pour atteindre ces objectifs, les armées vont poursuivre leur modernisation, qu’elles ont entamée en
1996 avec la professionnalisation qui était une bonne décision. C’était une étape capitale de la
transformation de notre défense, c’était aussi une décision courageuse, un défi colossal, et une
ambition collective portée par l’ensemble des armées et vous avez rempli cette tâche comme peu de
corps sociaux auraient été capables de la remplir.
Mais il faut revoir maintenant l’organisation de nos soutiens. Il faut concentrer les implantations. Il
faut ramener les effectifs au niveau des objectifs opérationnels. D’ici 6 à 7 ans, le format global des
armées, civils et militaires compris, sera de 225 000 hommes. L’armée de terre comptera 131 000
hommes, l’armée de l’air 50 000 hommes et la marine 44 000. Je sais, je l’assume, c’est une baisse
substantielle des effectifs. Elle portera avant tout sur les soutiens et l’administration, ce qu’on dit
souvent et qu’on fait si rarement.
En même temps, des mesures d’accompagnement seront mises en oeuvre. Nous allons être inventifs
pour compenser la fermeture ou le transfert des implantations militaires ; les territoires les plus fragiles
seront accompagnés, j’en prends l’engagement. Les deux volets de ces mesures vous seront bientôt présentés. Mais que les choses soient claires, dans mon esprit, l’armée, cela assure la sécurité de la
nation, pas l’aménagement du territoire. Et les militaires n’y sont pour rien si les décisions politiques
n’ont pas été prises. Je sais parfaitement qu’avec le Premier ministre et le ministre de la Défense, nous
serons confrontés à des manifestations et à des protestations. Mais qu’est-ce que l’on veut, une armée
qui fait de l’aménagement du territoire et qui n’est pas opérationnelle ou une armée opérationnelle qui
assure la sécurité des Français et une politique gouvernementale, cher Hubert Falco, au service de
l’aménagement du territoire ? Il faut choisir et ce débat là chacun sait que cela fait des décennies que
nous le connaissons. Eh bien aujourd’hui, nous le tranchons. Et je le tranche et je l’assume.

***

Grâce au travail acharné de tous ceux qui ont contribué à le rédiger, et auxquels je tiens à rendre un
hommage appuyé, et à adresser, cher François, nos remerciements sincères, le Livre blanc trace ainsi
la voie pour dégager les marges financières qui nous faisaient tant défaut.
Mais il va bien au-delà. En s’appuyant sur la réalité des menaces et des défis du XXIème siècle, il
nous donne les clés pour de vrais choix stratégiques, pour fixer les priorités, pour hiérarchiser nos
efforts, pour organiser dans le temps la transformation de nos armées et de nos forces de sécurité.
Notre effort de défense et de sécurité nationale s’appuiera désormais sur cinq grandes fonctions
stratégiques. Elles sont autant d’objectifs majeurs fixés aussi bien aux forces qu’aux administrations.
1. La France doit avoir une vraie autonomie d’appréciation et de décision. C’est en connaissant, par
nous-mêmes, les réalités du monde, c’est en anticipant les crises, que nous garantirons notre
indépendance et la sécurité des Français.
La fonction « connaissance et anticipation » sera prioritaire. J’ai décidé d’un effort massif, massif,
d’investissement sur le renseignement, notamment d’origine spatiale, et qui bénéficiera aussi bien aux
chefs militaires qu’aux décideurs politiques.
Nos services de renseignement doivent être efficaces, mieux coordonnés, agir dans le respect des
valeurs républicaines. Pour cela, nous avons souhaité le regroupement des services du renseignement
du ministère de l’intérieur au sein de la nouvelle direction centrale du renseignement intérieur. Bravo
pour cette réforme. Et c’est dans le même esprit que j’ai décidé d’instaurer à la Présidence de la
République la fonction de coordonnateur du renseignement. Il orientera les services et assurera la
cohérence de leur action.
Deuxième mission. La dissuasion est un fondement essentiel de notre stratégie. Je me suis exprimé à
ce sujet à Cherbourg, le 21 mars dernier. Certains nous disent que la dissuasion nucléaire n’est pas
adaptée au XXIème siècle. Je n’en crois rien. D’abord, parce qu’elle est l’assurance-vie de la nation
dans un monde incertain. Ensuite, parce qu’elle garantit notre indépendance et notre liberté d’action
face à toute menace ou tout chantage contre nos intérêts vitaux. J’entends donc que la France dispose
de telles capacités aussi longtemps que les armes nucléaires seront nécessaires à notre sécurité.
Troisièmement. L’Europe et la France sont aujourd’hui plus exposées. La fonction de « protection »
des populations et du territoire doit donc être érigée en priorité.
Nous devons nous prémunir contre toute crise majeure sur le territoire national, qu’elle soit
intentionnelle ou non. C’est la raison pour laquelle nous devons nous doter d’un système d’alerte et
d’information des populations. C’est la raison pour laquelle vous devez disposer d’équipements de
protection contre les risques nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques. C’est la raison pour
laquelle nous devons développer des moyens de détection et d’alerte avancée des tirs de missiles
balistiques.

Face aux attaques informatiques, j’ai décidé de doter, pour la première fois, la France de capacités
défensives et offensives, qui concerneront aussi bien toutes les administrations que les services
spécialisés et les armées.
Cette stratégie de protection doit conduire à une réorganisation de nos efforts et de nos moyens, à une
plus grande coordination entre les différentes forces, entre les civils et militaires, entre l’Etat et les
collectivités locales, entre l’Etat et les entreprises, entre les pouvoirs publics et les médias, en temps de
crise bien sûr. S’agissant des forces de sécurité, la stratégie de sécurité nationale exigera un effort qui
sera intégré dans la future LOPPSI.
L’organisation de la planification et de la gestion de crise sur le territoire sera revue. J’ai demandé au
Ministre de l’intérieur de repenser l’organisation de son ministère à cette fin. La réaction face aux
crises sera organisée en associant préfets, policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers et les armées. Au
niveau territorial, les préfets de zones de défense et de sécurité coordonneront l’action de l’Etat. Je sais
que Michèle Alliot-Marie saura mobiliser son administration vers cet objectif qui est majeur.
Quatrièmement. Les capacités d’intervention de la France seront très importantes. Franchement, être
capable de projeter 30 000 hommes, 70 avions de combat, 1 groupe aéronaval et 2 groupes maritimes
ce n’est pas franchement un déclassement militaire. Qui, aujourd’hui, a l’ambition d’avoir une
capacité de ce niveau, d’être capable d’entrer en premier sur un théâtre d’opération, d’y assumer la
responsabilité d’être nation-cadre, c’est-à-dire de fédérer une coalition autour de ses capacités de
commandement ? Ouvrons les yeux, ces pays ne sont pas nombreux comme on le voit à chaque fois
qu’il faut trouver une nation-cadre.
Et puis je crois qu’il faut regarder le monde tel qu’il est : sans paranoïa, et sans excès d’angélisme.
Projeter 30 000 hommes, c’est déjà accepter le principe que notre pays pourrait s’engager dans une
guerre, car avec 30 000 hommes c’est bien une guerre dont il s’agit. Ces capacités devront être
adaptées, de façon à pouvoir agir sur l’arc stratégique prioritaire pour la défense des intérêts de la
France. Cet arc stratégique, nous l’avons analysé, c’est de l’Atlantique à l’Océan Indien.
Cinquièmement. Etre capable de faire des choix, c’est aussi admettre une forte inflexion dans les
modalités de notre contribution à la prévention des crises.
Nous devons adapter nos moyens pré-positionnés. Je n’hésite pas d’employer le mot, les recentrer vers
nos zones d’intérêts stratégiques, notamment sur l’axe stratégique que j’ai évoqué. C’est le sens de
l’accord que nous avons passé avec les Emirats Arabes Unis.
J’ai donc décidé de rendre publics tous nos accords de défense. Nous allons rénover nos accords en
Afrique et rééquilibrer nos bases militaires. Cela ne veut pas dire que nous abandonnons l’Afrique à
elle-même. C’est tout le contraire. Nous voulons coopérer avec tous les pays, européens et africains,
qui partagent avec nous l’idée que l’Afrique est une clé du développement et donc de la sécurité
internationale dans les années à venir.
Nos efforts en Afrique devront désormais répondre à une demande clairement exprimée de nos
partenaires et à des objectifs dont nous rediscuterons régulièrement.
Prévenir les crises, c’est aussi s’engager contre la prolifération des armes nucléaires, biologiques,
chimiques et des missiles balistiques. Nous voulons la paix, nous voulons l’accès de tous au nucléaire
civil, nous en faisons une priorité de la France. Nous défendrons les normes internationales, nous
mettrons en oeuvre des contrôles stricts, nous coopérerons contre les trafics et leur financement. Avec
nos partenaires, nous ferons tout pour résoudre la crise iranienne, qui est la première menace qui pèse
aujourd’hui sur le monde.

***

Chacun voit bien que les défis actuels appellent des réponses collectives et coordonnées. D’abord
parce que nous forgeons un destin commun avec nos partenaires européens et nos alliés. Ensuite parce
que nous faisons face aux mêmes menaces et que nous nous devons aide et assistance en cas
d’agression. Et surtout, parce qu’ensemble, Mesdames et Messieurs, nous sommes plus forts.
Pour autant, nos forces armées sont et resteront nationales. Elles ne pourront être intégrées dans
aucune armée supranationale dont la responsabilité nous échapperait. C’est clair. Je n’ai pas besoin
d’insister parce que cela serait suspect. Il suffit de dire une fois les choses, quand on en est convaincu.
Agir ensemble, alors c’est construire aussi l’Europe de la défense. C’est notre priorité. Le constat est
simple : les Européens n’ont pas aujourd’hui les moyens militaires correspondant à leur poids dans le
monde et qui garantiront notre prospérité dans la durée.
Alors, des progrès considérables ont été faits depuis dix ans, notamment au Sommet francobritannique
de Saint-Malo. L’Union Européenne a des instruments, des procédures, une expérience en
commun dans 17 opérations de plus ou moins grande ampleur.
Bien sûr, les Européens sont engagés massivement dans les forces de l’OTAN en Afghanistan et au
Kosovo où je le rappelle, ils forment la moitié des effectifs.
Mais chacun voit bien que nous devons faire davantage pour la défense de l’Europe. C’est notre intérêt
collectif. Et parce c’est ce que les citoyens d’Europe veulent.
Quel que soit l’avenir du Traité de Lisbonne, je ne changerai pas d’avis. J’entends faire de la politique
de défense et de sécurité un exemple de l’Europe concrète, de l’Europe qui répond aux besoins des
Européens.
Priorité : construire, en Europe, de façon pragmatique, des capacités modernes, robustes, flexibles et
interopérables, c’est-à-dire capables de travailler ensemble. Qu’est-ce que c’est qu’une Europe
puissance politique qui n’aurait aucun moyen diplomatique et militaire de mettre en oeuvre ses
décisions politiques ?
Les Européens doivent pouvoir déployer 60 000 hommes, simultanément, dans des opérations
lointaines. Ces capacités, nous ne les construirons pas sans des efforts de défense suffisants dans la
durée. Mais ces efforts ne doivent plus être dispersés, concurrents, déséquilibrés.
Seule l’Union Européenne dispose de l’ensemble des instruments militaires, politiques, financiers
permettant une stabilisation en profondeur des régions en crise. Nous devons pouvoir adjoindre aux
moyens militaires déployés des capacités civiles européennes, des policiers, des gendarmes, des
douaniers, des magistrats.
Mais qui peut croire qu’une industrie européenne, fragmentée, concurrente sur des marchés étroits,
répondra à nos besoins et survivra à la concurrence internationale ? Qui peut croire que nous resterons
longtemps compétitifs avec un effort de recherche cumulé six fois inférieur à celui des Américains ?
Ecoutez, les grandes protestations d’indépendance, cela m’amuse, quand on fait six fois moins, tous
ensemble, que les Américains. Les nations européennes ont besoin d’industries de défense fortes et
compétitives, appuyées sur un effort de recherche et de technologie renforcé et partagé.
Il n’y a qu’un chemin : dynamiser le marché européen de l’armement, encourager partout la
coopération et les rapprochements pour former des groupes européens de taille suffisante au niveau
mondial, encourager les exportations dans le respect des règles internationales et du principe de
responsabilité. Si nous ne le faisons pas, nous en paierons le prix demain. Il n’y a pas d’autre choix.
On ne va pas tous construire des chars, tous construire des avions, tous avoir des industries
d’armement concurrentes. Tous des sous-marins, naturellement, au nom de l’unité européenne.

La présidence française de l’Union européenne qui s’ouvre dans moins de deux semaines sera, je le
souhaite ardemment, la première étape d’une véritable relance de la défense européenne pour les
prochaines années.

***

Venons-en donc à la question de l’OTAN, et remettons les choses dans une juste perspective, comme
l’a fait d’ailleurs fort bien la commission du Livre blanc. Elle l’a fait dans une optique non partisane,
en s’appuyant simplement sur les réalités de ce que sont aujourd’hui l’OTAN, l’Europe, et la France.
Depuis 1949, la France est membre de l’Alliance atlantique. Depuis 1949, je rappelle. La France est
même membre fondateur de l’Alliance atlantique. Et, aujourd’hui, la France est l’un des principaux
contributeurs en troupes. Je vous rappelle ces réalités que l’on a eu grand tort de ne pas rappeler aux
Français. Cette alliance, l’Alliance atlantique, notre Alliance est le symbole de la communauté de
valeurs et d’intérêts transatlantiques. C’est bien sûr l’alliance entre les Européens et les États-Unis.
Mais c’est aussi, on ne le dit pas assez, un traité d’alliance entre les nations européennes elles-mêmes.
L’OTAN, ce n’est pas simplement l’alliance avec les Etats-Unis, c’est l’alliance entre des nations
européennes.
La guerre froide est terminée. En Europe, nos partenaires sont presque tous membres de l’Alliance. Ils
ne comprennent pas pourquoi nous persistons à nous tenir à part. On continue à se demander, en
Europe, si la France veut opposer l’Europe de défense et l’OTAN. Moyennant quoi, on européanise
pas assez l’OTAN, et on ne fait pas avancer l’Europe de la défense. Observons ce qu’il s’est passé, très
intéressant, très intéressant. Une alliance qui n’est pas assez européanisée, une Europe de la défense
qui n’avance pas. Beau résultat.
Notre position, hors du commandement militaire, entretient une méfiance sur l’objet de notre ambition
européenne. C’est vrai notamment, et on les comprend, pour tous les pays de l’Union qui ont rejoint
l’OTAN après avoir subi le Pacte de Varsovie. Parce qu’allez expliquer à des pays qui ont connu le
pacte de Varsovie que l’OTAN est une menace pour leur liberté. Il faut prendre du temps… Parce que
ceux que l’on a laissés tomber, parce qu’on a les a laissés tomber, pendant des années, et qui ont été
maintenus sous une dictature communiste dans un pacte de Varsovie qui faisait régner une main de fer
sur la moitié de l’Europe, allez expliquer à ces pays là, qui ont vécu cela alors que nous nous étions du
bon côté du mur, que l’entrée dans l’Alliance c’est une mise en cause de leur indépendance. Vous
n’aurez guère de succès. Je vous le dis. Parce que pour ces pays, l’OTAN est le symbole de leur
sécurité retrouvée, comme l’Union Européenne est le symbole de leur nouvelle prospérité. Ils nous
ont rejoints en Europe, pour la liberté et pour la prospérité. Et ils ont rejoint l’OTAN pour la sécurité.
Et quand ils ont connu la misère, la dictature et le pacte de Varsovie, on peut les comprendre. Je ne me
fais pas leur avocat, je décris simplement l’Europe telle qu’elle est. Parce que la guerre froide est
terminée.
Aujourd’hui, la Commission du Livre blanc conclut, la Commission du Livre blanc, pas moi, la
Commission du Livre blanc conclut que rien ne s’oppose à ce que nous participions aux structures
militaires de l’OTAN. La France est un allié indépendant, un partenaire libre. Les principes posés en
son temps par le Général de Gaulle, je les fais miens intégralement. Quels sont ces principes ? :
- la France gardera en toutes circonstances une liberté d’appréciation totale sur l’envoi
de ses troupes en opération ;
- la France ne placera aucun contingent militaire de façon permanente sous
commandement de l’OTAN en temps de paix ;
- la dissuasion nucléaire de la France restera strictement nationale quand bien même,
j’en ai la certitude, l’existence même de notre dissuasion est une contribution à la sécurité de
toute l’Europe.

Sur la base de ces principes que chacun, dans l’Alliance, respecte, comprend, reconnaît, nous pourrons
rénover nos relations avec l’OTAN sans crainte pour notre indépendance, sans risque d’être entraînés
dans une guerre, malgré nous. Une France qui reprendrait toute sa place dans l’OTAN, ce serait une
Alliance qui ferait plus de place à l’Europe. Moi je souhaite une alliance plus européenne. Mais que
l’on m’explique comment faire une alliance plus européenne sans la France. C’est un sujet ! Comme
on l’a vu à Bucarest. Quand la France et l’Allemagne décident d’une position, l’OTAN devient
européenne. Commençons par relancer la Défense européenne dans les prochains mois. Car dans mon
esprit il ne peut y avoir de progrès sur l’intégration de la France dans l’OTAN que s’il y a
préalablement un progrès dans l’Europe de la défense. Nous préparerons ensuite avec l’Allemagne le
Sommet du 60ème anniversaire de l’Alliance en 2009 à Strasbourg et à Kehl qui sera un symbole fort de
l’affirmation européenne et de la rénovation du partenariat transatlantique.

***

Les défis auxquels nous sommes confrontés pour faire face aux nouvelles réalités du monde sont
nombreux. La clé de notre succès, c’est le courage.
Le courage, c’est d’abord de regarder les choses en face et d’assumer les conséquences de la vérité.
Le courage c’est ensuite de faire quelque chose que l’on déteste faire en France. C’est de faire
véritablement ce qu’on a annoncé. Pas de dire, de faire.
Le courage, c’est de faire des choix, c’est admettre qu’on ne pourra pas tout faire à la fois. Dans un
premier temps, nous allons combler les principales lacunes, la protection des hommes, le transport
stratégique et l’aéromobilité. Dans un second temps, nous allons moderniser les matériels de l’armée
de l’air et de la marine, en les accélérant. En particulier, nous prendrons plus tard la décision de
lancement du programme du deuxième porte-avions car rien ne nous presse aujourd’hui. Et je n’ai pas
voulu assumer une décision, alors que nous avions du temps pour la prendre.
Le courage. Pour le ministère de la Défense, c’est de mener à son terme une réforme, je n’hésite pas à
employer le mot, historique, de l’organisation territoriale de la défense, dont tous expliquaient qu’elle
était impossible.
Le courage, c’est de maintenir le budget de la défense, en dépit d’un contexte budgétaire extrêmement
délicat. Il n’est pas question de baisser la garde. Et grâce à la réforme, l’effort d’équipement
progressera de façon très importante. Je m’engage sur ces perspectives jusqu’à l’échéance de mon
mandat, 2012 compris.
Mais le courage ne suffit pas, et je serai le garant de la cohérence de cette transformation :
- cohérence entre le contexte stratégique et les réponses qui y sont apportées
- cohérence entre les missions des hommes et les moyens qui leur sont confiés
- cohérence entre la connaissance et la capacité d’action
- cohérence entre l’engagement pour l’Europe et la participation à l’OTAN
- cohérence entre le souci de la protection du pays et la capacité d’intervention extérieure
- cohérence entre l’effort civil et l’effort militaire
- cohérence, enfin, entre la remise à niveau de nos armées et le redressement de nos finances
publiques. C’est cohérent.
Je suis résolu à aller jusqu’au bout de cette réforme, ne vous y trompez pas, on la fera, on ira jusqu’au
bout, dans toutes ses dimensions, parce que je sais que c’est la condition de notre avenir. Et le Premier
ministre, le ministre de la Défense ainsi que Jean-Marie Bockel, vous pouvez compter totalement sur
mon engagement. Il n’y aura pas l’ombre d’une feuille de papier à cigarette, y compris lorsqu’il y aura
des manifestations pour protester contre telle ou telle décision.
Parce que j’ai bien conscience qu’il faut vaincre les habitudes, vaincre les corporatismes, mieux
travailler ensemble, à l’intérieur du territoire, pour la meilleure protection du pays, adapter nos
planifications de crise et nos outils de gestion de crise.

Puis, il faudra se consacrer à construire une industrie d’armement européenne, tout en aidant nos
industries de défense à s’adapter.
Il faudra moderniser, c’est-à-dire gérer mieux, rationaliser, alléger les administrations centrales. Hervé
Morin et Jean-Marie Bockel ont un grand chantier devant eux : regrouper le ministère de la défense sur
un site unique, et reconstituer ses capacités financières.
Il faudra reconnaître que rien ne se fera sans des équipes motivées, formées, reconnues et rémunérées
à leur juste valeur, respectées pour leur engagement, et qui disposent des matériels dont elles ont
besoin. Il faudra savoir s’appuyer sur les jeunes générations, celles qui vont vivre et celles qui sont
capables de porter le changement.
Du courage, je sais que vous en avez tous. Eh bien, je veux passer un pacte de confiance avec vous.
Car je sais que l’enjeu premier, c’est celui des femmes et des hommes qui ont décidé de s’engager au
service de la sécurité de leur pays. Je connais la force de votre engagement, la persévérance de votre
action pour remplir vos missions et la constance du courage que vous montrez. Je ne prononce pas ces
mots en vain. J’ai trop souvent dû consoler des mères, des femmes, des enfants, des familles, qui
pleuraient un être cher qui avait fait le sacrifice ultime pour son pays. C’est vrai pour les armées, c’est
vrai pour les forces de sécurité intérieure et de sécurité civile.
Nous ne devons jamais oublier que derrière chaque arme, aussi sophistiquée soit elle, il y a une
femme, un homme, et que le succès d’une mission repose d’abord sur eux. A vouloir compter sur la
seule technologie, on peut essuyer des revers cuisants. Depuis la Grèce antique, nous le savons : « ce
ne sont pas les pierres mais les hommes qui constituent le rempart des cités ». Un des grands enjeux à
venir est de continuer à attirer dans vos rangs ces femmes et ces hommes-là. Tous ceux qui acceptent
librement, dans les armées, dans la police, dans les corps de sapeurs-pompiers, dans la sécurité civile,
de vivre quoi ? De vivre une vie différente.
Il faut aussi de la volonté politique. La mienne c’est de changer la façon dont sont abordés les
problèmes de défense et de sécurité dans notre pays. Ces questions sont trop importantes pour n’être
traitées que par un tout petit nombre. On a fait un très mauvais usage de ce que l’on a appelé le
domaine réservé.
J’accepte le débat, je le revendique même. Notre volonté, avec le Premier ministre, c’est de mieux
associer le Parlement. Les conditions dans lesquelles le Parlement a pu participer à l’élaboration de
notre nouvelle stratégie, je le dis devant les parlementaires qui sont ici, sont absolument sans
précédent. Pour que cet élan soit préservé et prolongé, j’ai proposé, dans la révision constitutionnelle
qui est en cours d’examen, d’associer de façon transparente le Parlement aux décisions sur les
opérations extérieures. Chacun prendra ses responsabilités. On ne peut pas à la fois demander plus de
démocratie dans la gestion des questions de défense et, en même temps, faire de la politique
politicienne au moment du vote d’une révision constitutionnelle.
Les soldats français ne sont pas les soldats de plomb du Président de la République ; ils sont la
concrétisation de la volonté de notre pays. Leur engagement en opération obéira à une doctrine claire,
connue de tous. Le Parlement sera systématiquement informé de l’envoi de militaires en opérations.
Le Parlement sera systématiquement consulté par un vote dès que se posera la question de leur
maintien au delà de 4 mois.
J’ai pris la décision inédite de favoriser le débat parlementaire à l’occasion de l’adoption de ce Livre
blanc. Ce débat aura lieu dans huit jours, le 26 juin, devant l’Assemblée nationale et le Sénat. Il doit
être le plus dense, le plus large, le plus sérieux possible. Mais ce débat, j’espère qu’il portera sur le

fond. Chacun doit se garder des jugements hâtifs, d’analyses anciennes, de rhétoriques trop faciles.
Nous avons tous la responsabilité d’être à la hauteur des attentes des Français.
Ma volonté, c’est enfin de mettre un terme à ce que l’on a trop longtemps appelé le domaine réservé,
et de le transformer en un domaine partagé. Le domaine réservé, c’était l’alibi confortable et accepté
par tous pour faire porter la responsabilité d’envoyer des soldats français en opérations sur un tout
petit nombre. Ce n’est pas ma conception de la République et ce n’est pas ma conception du débat
démocratique.
Mon projet, mon ambition, c’est par-dessus tout que la France demeure une puissance diplomatique
majeure et une puissance militaire majeure. Il n’y a pas de puissance diplomatique majeure sans une
puissance militaire. Les deux sont liées. La France doit être fière de son histoire et de ses valeurs, La
France doit être rassemblée autour de l’essentiel et tournée vers l’avenir.
Mesdames et Messieurs,
Ce ne sont pas des décisions prises à la légère que j’ai annoncées devant vous ce matin. C’est un
travail très approfondi que nous avons fait, justement parce que j’ai conscience des responsabilités
particulières qui pèsent sur mes épaules. Ces décisions, il fallait les prendre. Ces réformes, il faut les
conduire et nous les conduirons. Croyez bien que je fais toute confiance au Premier ministre et aux
ministres pour les conduire.
J’espère que vous avez compris que, pour moi, ce discours de ce matin est un discours fondateur, de
nouvelles conceptions stratégiques et d’un effort renouvelé pour les besoins de la communauté
militaire. Ce sont des choix assumés, pesés, ce sont des choix que je propose à la nation, comme il se
doit, pour qu’il n’y ait aucune rupture entre la société civile, la société militaire. Ce sont des choix que
je revendique, ils sont faits en pleine lumière.

Mesdames et Messieurs,
Vous l’avez compris, je dirai à la fin de ce discours : Vive la République et Vive la France. Pour le
Président de la République que je suis, cela a un sens très profond.

Je vous remercie.

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EUROPE - Jacques Attali : pragmatiquement, à l’anglaise : changer le contenu en changeant les pratiques, sans changer le droit



“sans réforme de la gouvernance européenne, sans un gouvernement européen fort et légitime, il sera impossible de mener à bien de telles réformes et d’accomplir de tels progrès. On est donc ramené à la réforme institutionnelle. Et comme elle ne peut avoir lieu par la réforme des textes, à la française, sans doute faut désormais tenter de la faire pragmatiquement, en changeant les habitudes, à l’anglaise : changer le contenu en changeant les pratiques, sans changer le droit.”

la suite sur le blog de Jacques Attali:

Conversation avec Jacques Attali

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Album de Carla Bruni-Sarkozy : sortie avancée au 11 juillet



La date de sortie du nouvel album de Carla Bruni-Sarkozy, intitulé “Comme si de rien n’était“, a été avancée au 11 juillet, au lieu du 21 juillet comme initialement annoncé.

Commander le disque sur AMAZON.

Au sujet de cet album:

CARLA BRUNI-SARKOZY et MONTHERLANT : COMME SI DE RIEN N’ETAIT | SARKOZY - NICOLAS SARKOZY 2007-2012 BLOG

CARLA BRUNI-SARKOZY : COMME SI DE RIEN N’ETAIT - TROISIEME DISQUE | SARKOZY - NICOLAS SARKOZY 2007-2012 BLOG

COMME SI DE RIEN N’ETAIT

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CARLA BRUNI-SARKOZY et MONTHERLANT : COMME SI DE RIEN N’ETAIT



Comme si de rien n’était, c’est une phrase d’Henry de Montherlant.

Montherlant la retient dans ses Carnets de 1964, parmi les préceptes du “sachet”, les phrases qui comptent pour guider dans la vie.

Comme si de rien n’était, a été repris par le frère de Carla Bruni, Virginio, pour titrer une photographie.

C’est en hommage à cette photographie, illustrant l’album, que le troisième disque de Carla-Bruni Sarkozy, dont la sortie est prévue le 21 juillet, porte ce nom.

Montherlant a écrit deux versions de son Résumé de poche, qui résume sa conception de la vie, de l’humanité et de l’ordre social.

Une version datée de 1952. Une autre datée de 1964, plus développée.

Les voici toutes deux.

HENRY DE MONTHERLANT


HENRY DE MONTHERLANT
- Résumé de poche (1952):

« Se dire que l’on a mettons soixante ans devant soi, et ensuite rien, -que toutes les religions sont des créations de l’homme qui ont apporté beaucoup de mal (les préjugés, la contrainte pour rien, sans parler du sang, etc.) et beaucoup de bien (une hauteur, la consolation ou plus exactement la clef pour être heureux et tant de créations de la pensée et de l’art). Sans qu’il soit utile de rechercher si elles ont apporté ou plus de mal ou plus de bien, puisque de toutes façons elles demeureront toujours et quoi que l’on fasse, et que la somme de bêtise qu’elles supposent, si elles disparaissaient, ressortirait en autre chose.

Voilà donc ces soixante ans. Quel a été leur but ? Une seule réponse : être heureux. La seule façon qu’ait un homme de prouver qu’il est intelligent est d’avoir été heureux.

Il est complètement inutile de « fonder », de « réformer », de « laisser une œuvre », sauf dans la mesure où faire cela vous est agréable, c’est-à-dire rentre dans la proposition précédente : être heureux.

Les mouvements de générosité de l’homme, qui lui sont d’ordinaire aussi naturels que les mouvements de vilenie, ne sont justifiés, eux aussi, que par l’agrément qu’il éprouve à les avoir, agrément qui est la satisfaction d’un instinct.

Il faut connaître toute la richesse de la vie, mais en n’étant pas dupe, et en se surveillant attentivement, pour n’en prendre que ce qu’il faut. La figure de Sénèque, qui à telle heure est Sénèque le philosophe, et vise à l’ataraxie, et qui l’heure suivante devient Sénèque le tragique, et vise à connaître assez les passions pour les décrire dans son théâtre, est une bonne figure de ce double mouvement. Ou bien encore l’image d’un Hermès au double visage : l’un des visages est le masque tragique des Grecs ; le visage opposé est celui de Bouddha, avec le « sourire de la pensée la plus profonde ». Selon les heures, exposer l’un ou l’autre de ces visages (sachant que l’autre est derrière, et qu’un geste de la main suffirait à l’exposer à sa place), ou bien tourner l’Hermès de telle sorte qu’un peu de chacun des deux visages soit visible dans le même temps. Tout n’est qu’une question de tourner l’objet d’une certaine façon (ou de tourner autour de lui, ce qui revient au même).

Donc, le principe est l’inaction. L’action ne sera conçue que comme un jeu, dans la mesure où elle nous amuse (tauromachie, guerre, football, etc.)

La seule « divinité » (une façon de parler évidemment), est le principe vital : Dea Vita. Son symbole, très ancien, est le taureau. Tout a sa raison d’être, et tout a raison. Equivalence. Indifférence. L’homme n’a qu’à reproduire la création, et à être tout. Comme il ne peut pas l’être simultanément, il le sera successivement : alternance.

De là que son état est la mobilité, la fluence. Et qu’il doit s’organiser de façon à ne pas contrarier cette fluence (célibat, bâtards non reconnus ; rupture avec le plus de famille possible ; peu de biens, etc.). Ce qui est normal, c’est que ses concubines changent, de même que change sa physiologie.

Tout n’est que moment. Ce qui écrit ceci, ce n’est pas moi, c’est un moment de moi. Je n’aime pas cet être. Il peut arriver qu’il en aille différemment : que ce que j’ai écrit aujourd’hui concorde avec ce que j’écrivais il y a trente ans, ou bien que j’aime trente ans durant le même être. Mais cela, moralement, est sans importance. « On ne doit demander à un être d’être conséquent avec soi-même qu’entre la première et la dernière ligne d’une page qu’il a écrite. » (Delacroix – Journal.)

De cette théorie des « moments » découle qu’il ne faut demander aux êtres, en actes et en paroles, que ce qui est approprié à leur moment présent. De même qu’un enfant de douze ans doit dire des bêtises, un garçon de vingt ans doit avoir des idées fausses, et un homme de soixante-dix ans doit avoir des idées correspondant à son âge, dont il serait anormal qu’elles fussent les mêmes que celles qu’il avait à vingt ans. Il doit être parfaitement entendu que l’être pour qui on a une passion folle vous sera indifférent dans quelques mois, que vos enfants vous seront indifférents, que vous ne penserez plus ce que vous pensez. Cela doit être entendu de façon aussi catégorique que le fait de savoir que la mort est certaine, et cela doit être accueilli de même.

Paris, 17 février 1952.

P.-S. 1 –Dans tout ceci je ne vise pas l’artiste, homme exceptionnel, à qui conviendrait la plupart de ces règles, mais aussi d’autres qui lui sont particulières.

P.-S. 2 –Rappeler la phrase de Mors et Vita (1932) : « Il y a eu trois passions dans ma vie : la passion de l’indépendance, la passion de l’indifférence, et la passion de la volupté. »

« Rappeler le devoir de philo : « Quels sont les trois personnages que vous considérez comme des maîtres ? »

Réponse : « Pyrrhon, Anacréon, Régulus.»

Nota. –Les lignes qui précèdent ne sont qu’une esquisse de premier jet et ne sauraient être considérées comme un texte construit ni mûrement réfléchi. »

HENRY DE MONTHERLANT - Résumé de poche (1964) :

« A la base de tout, le Logos d’Héraclite, la raison qui est la fonction cardinale de l’homme, parce que c’est elle qui lui permet de voir les choses telles qu’elles sont, autant que cela se peut. Or, la raison nous force de ne pas prendre au sérieux -même s’il nous faut bien le prendre au tragique- un monde de tout temps absurde, et de nos jours particulièrement délirant. Cependant, il n’y a pas que la raison, il y a l’âme, admis que l’on appelle ainsi le principe des passions, y compris celle de la générosité. Je n’ai jamais répudié l’une au profit de l’autre. Une âme sans passions est un voilier démâté. Une âme sans générosité est une âme de seconde zone. Et l’âme et les passions demandent à prendre au sérieux le monde pour pouvoir s’y exercer, exercice qui leur est un agrément sinon un besoin, et qu’elles prennent à l’occasion pour un devoir. Mais si la raison, pour que l’âme et les passions puissent s’exercer, doit prendre au sérieux le monde, elle cesse d’être raison, elle se déshonore, puisqu’il est absurde. Comment être à la fois intelligent et passionné, intelligent et généreux, voilà sans doute le problème essentiel qui m’a été présent toute ma vie.

Réponse :

A. Par la feinte.

B. Par l’équivalence-alternance.

A ce propos, je désire résumer et concentrer des vues qui, dispersées dans mes ouvrages, ou bien n’ont pas retenu l’attention, ou bien l’ont retenue de travers, peut-être parce que je les exprimais en termes trop simples.

La feinte.

Personne, je crois, parmi les auteurs qui ont écrit sur moi, n’a mis en vedette une page du Songe écrite à vingt-trois ans.

Page qui ma paraît tout à fait extraordinaire, issue d’un homme si jeune, mais surtout d’un homme qui s’était jeté de son plein gré dans la guerre, et venait de la vivre pendant deux ans. Sans doute est-elle prêtée à un personnage de roman, mais je me suis assez défendu en d’autres cas d’être tel de mes personnages, pour ne pas reconnaître ici que le personnage en question est autobiographique, autobiographique avec une naïveté juvénile. Ce personnage est, comme moi, combattant volontaire sur le front dans un régiment d’infanterie, en 1916 :

«J’ignore l’utilité de mon sacrifice, et dans le fond je crois que je me sacrifie à quelque chose qui n’est rien, qui est une de ces nuées que je hais. Croyant mon sacrifice inutile, et peut-être insensé, je me précipite dans l’indifférence de l’avenir (…) Dans l’Iliade, Diomède se rue sur Enée, bien qu’il sache qu’Apollon rend Enée invulnérable. Hector prédit la ruine de sa patrie, la captivité de sa femme, avant de retourner se battre comme s’il croyait en la victoire. Quand le cheval prophétique annonce à Achille sa mort prochaine, « Je le sais bien », répond le héros, mais au lieu de se croiser les bras et de l’attendre, il se rejette et tue encore d’autres hommes dans la bataille.

Ainsi ai-je vécu, sachant la vanité des choses, mais agissant comme si j’en étais dupe, et jouant à faire l’homme pour n’être pas rejeté comme dieu. Oui, perdons-les l’une dans l’autre, mon indifférence et celle de l’avenir ! Après avoir feint d’avoir de l’ambition et je n’en avais pas, feint de craindre la mort et je ne la craignais pas, feint de souffrir et je n’ai jamais souffert, feint d’attendre et je n’attendais pas, je mourrai en feignant de croire que ma mort sert, mais persuadé qu’elle ne sert pas et proclamant que tout est juste. »

On peut dire que « tout y est » ! Je crois que je me sacrifie (n’oublions pas qu’il s’agit d’être tué, pas moins) à quelque chose qui n’est rien, qui est une de ces nuées que je hais. Croyant mon sacrifice inutile, et peut-être insensé… (Suivent des exemples, et qui ne sont pas des exemples sollicités, de héros homériques qui agissent, et agissent bravement, et savent cependant que la partie est perdue, ou pour eux seuls, ou pour leur patrie). Ainsi ai-je vécu, sachant la vanité des choses, mais agissant comme si j’en étais dupe… Perdons-les l’une dans l’autre, mon indifférence et celle de l’avenir (déjà votre indifférence ! et déjà le net pressentiment de l’indifférence de l’avenir à votre égard). Et toute la fin du passage, depuis « Après avoir feint d’avoir de l’ambition », etc.…

A vingt-trois ans, j’avais vécu, j’avais voulu vivre la feinte –le mot est répété cinq fois dans ce passage- et je ne l’avais pas vécue pour la frime !

« Je dois feindre de prendre au sérieux les séances théâtrales, les compétitions sportives, l’Académie » [du collège], me dit un prêtre du collège, quand j’avais seize ans. Je n’ai jamais oublié cet aveu. Et moi, aussi, toute ma vie, comme l’abbé…

Trois ou quatre ans après avoir écrit cette page du Songe, pratiquant avec goût le sport, et disant dans Les Olympiques les raisons de mon goût, je ne nommais pas la feinte. ET c’est seulement en 1939 que je me rendais compte que, par le sport, j’avais donné libre cours à ma pente de faire les choses sans y croire, qui est précisément la feinte, et que c’était là « l’essentiel » (j’employais ce mot) de ce que m’avait permis le sport. « J’appelle jeu une activité qui a sa fin dans le plaisir qu’on en éprouve, et nulle part ailleurs ; un effort qui a une vertu propre, indépendante de la direction dans laquelle on l’exerce, et de son succès. Le jeu est (…) la seule forme d’action dont les buts, en apparence les plus décevants qui soient, ne puissent pas être décevant ; la seule forme d’action qui soit défendable ; la seule qui soit digne de l’homme, parce qu’intelligente et instinctive à chaque fois, et cela d’ailleurs a été dit : « L’homme n’est pleinement homme que lorsqu’il joue. » (Schiller) ; la seule, en un mot, qui doive être prise au sérieux.

Et ma vie privée, par la suite, fut surtout un jeu où jamais je ne fus engagé très profondément, toujours détaché de mes buts, toujours dans le camp adverse autant ou plus que dans le mien, toujours prêt à faire pouce, et semblable au joueur de foot en action (au joueur amateur, bien entendu) dont le visage tendu et les gestes violents feraient croire qu’il lutte pour sa vie, alors qu’en réalité il sait bien que sa victoire ou sa défaite, c’est égal, et que tout cela n’a d’importance que celle qu’il s’amuse à lui donner, c’est-à-dire n’a pas d’importance véritable. » (Paysage des « Olympiques », Grasset, 1940). Résumons-nous : il n’y a que le jeu qui donne à la « condition humaine » un sens acceptable.

Mais, si je n’avais pas parlé de la feinte dans Les Olympiques, à vingt-huit ans j’avais écrit dans le Chant funèbre : « Je désire tout, avec une prodigieuse indifférence. » Désirer avec indifférence, c’est l’essence même du jeu.

A trente-quatre ans, dans Mors et Vita : « Il y a eu trois passions dans ma vie : la passion de l’indifférence, etc.… ».

En 1935, dans Service Inutile, p. 709 et sq. : « Il faut nous donner jusqu’à un certain point et réserver de nous, en deçà, ce qui appartient au Royaume de Dieu. » Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ? Le Royaume où les choses de ce monde sont sans importance, avec Dieu ou sans Dieu. « Ici-bas il y a à retenir. » « On peut s’occuper dans le service du monde, à condition de savoir que cela est sans importance, et de s’y prêter seulement, avec un détachement de somnambule (…) Soyez donc du temporel, mais soyez-en comme un éternel absent. » On célèbre « le démenti que l’homme intérieur donne à l’homme extérieur ». Toujours la feinte.

En 1941, dans Le Solstice de Juin, on célèbre « le combat sans la foi ». Toujours la feinte.

Le « combat sans la foi » passera sur la scène avec un exemple non pas imaginé mais historique : Caton d’Utique croit à sa cause, mais ne croit pas au parti qui la défend ; et, combattant dans ce parti, il « regardait les victoires et les défaites comme si elles étaient une même chose » (Plutarque)

L’être de sagesse, si, ne croyant à rien par sagesse, il a agi tant soit peu comme il s’il croyait, ne faudrait-il pas, plutôt, que le blâmer pour sa sagesse, le louer pour avoir agi ce tant soit peu, seulement en vue de prendre sa part, dans une certaine mesure, de la condition commune ?

Et, si on le lapide, pourquoi ne lapide-t-on pas, au lieu de le vénérer, Marc Aurèle, qui a écrit, dans un des livres les plus tristes qu’ait produit l’esprit humain, cette phrase que j’ai déjà citée ici mais qui mérite bien d’être citée une seconde fois : « Dans une telle brume, une telle souillure, un tel écoulement des choses et du temps, du mouvement et des mobiles, je ne vois pas bien ce qui peut être estimé ou en somme pris au sérieux » (V, 10) ? (Je supprimerais « ce qui peut être estimé », car c’est au contraire ce qu’on peut estimer qui est, avec ce qu’on aime, le seul solide parmi tant de fluence.)

Marc-Aurèle a gouverné, et gouverné bien, un empire grand comme dix à douze fois la France, l’a défendu longuement, le derrière dans la crotte, je veux dire : aux frontières des Barbares, en pensant cela, et en le redisant sous diverses formes à maintes reprises. Par quelle mécanique, sinon par la feinte ?

L’équivalence-alternance.

J’ai beaucoup écrit là-dessus, et on a beaucoup écrit sur ce que j’avais écrit. Je n’y reviens que très brièvement, pour dire que je reste d’accord avec ce que je croyais et écrivais sur ce sujet dès 1927 dans Aux Fontaines du Désir.

Si le monde n’a aucun sens, comme il est évident pour nous, tenir avec lui les conduites les plus différentes est le seul parti raisonnable. C’est l’équivalence. Et comme on ne peut pas les tenir toutes à la fois, il faut alterner. Le matin se faire de lui l’opinion réfléchie que s’en fait un Sénèque, l’après-midi être dans l’action le héros qu’est un Régulus, l’après-dîner se prêter aux passions désordonnées qui tourmentent les personnages des tragiques, ou du moins, si les passions vous manquent, avoir du monde une vision tragique, la nuit (sauf quelques heures très nécessaires pour se remettre d’une journée si bien remplie) mener les aventures franchement rigolotes des lascars de Pétrone : cette conception et cette pratique de la vie, fussent-elles condamnées avec indignation ou dédain tant par les clercs que par le consensus omnium, n’en resteraient pas moins pour moi, en 1964 comme en 1927, une conception et une pratique parfaitement intelligentes, - et je dirai : les seules intelligentes.

Autre image : l’Hermès quadrifrons monté sur pivot et mobile sur son socle. Un de ses visages est un visage profond (quasiment le visage de l’être de sagesse bouddhique), l’autre un visage tragique (le masque tragique grec), l’autre un visage héroïque (la Marseillaise de Rude), l’autre un visage rieur (un visage de faune). On tourne l’Hermès, mettant en lumière l’une ou l’autre des quatre faces, à volonté. On peut même le tourner de telle sorte que la lumière vienne sur deux visages à la fois. Tout n’est qu’une question de tourner l’objet d’une certaine manière, ou de tourner autour de lui, ce qui revient au même.

(Insistons sur notre Sénèque qui, si nous le « prenons » durant les sept années où il exerce pour ainsi dire le pouvoir, le matin délivre avec ampleur dans son œuvre de dramaturge toutes les passions humaines, l’après-midi mène comme conseiller du très jeune Néron les affaires de l’Etat, et le soir écrit son œuvre de moraliste, où il discrédite sans pitié les passions et les affaires. Saisissant exemple de l’équivalence-alternance. [Je ne pensais pas à Sénèque, mais j’aurais pu penser à lui quand j’écrivais : « Arrivé à la pointe sublime de l’insensibilité et du détachement, le Parfait prit sa tête dans ses mains : « mon Dieu ! Je n’avais pas voulu cela. » Carnets, 1932, Pleïade1044).]

J’ai écrit dans La Relève du matin : « Je crois au sérieux de la vie. » Et j’ai écrit dans les Carnets : « La vie devient une chose délicieuse, aussitôt qu’on décide de ne plus la prendre au sérieux. » Nulle contradiction. C’est une question de moments.

Mon « instabilité », a-t-on dit. Certes, une instabilité qui est un principe. Et une instabilité qui reste stable pendant trente-sept ans.

Les préceptes du « sachet ».

Les musulmans d’Afrique du Nord portent à leur cou un étui de cuir contenant des versets du Coran. Ce que je vais citer ici, ce sont des préceptes que j’ai, en quelque sorte, portés à mon cou depuis une trentaine d’années : j’appelle sachet, pour plus de convenance, ce que les musulmans appellent amulette. L’originalité de mon « message » est qu’il n’est pas original : la plupart de ces préceptes ne sont pas de moi. La plupart, aussi, figurent déjà dans le présent volume, ce qui n’est pas gênant, au contraire : ils n’en risquent que davantage de frapper. Et je me suis assez répété moi-même, pour répéter les autres : il faut faire entrer les clous.

Mais d’abord on doit isoler trois de ces préceptes, qui sont essentiels. Ils insèrent dans le jeu la « tâche » ou prétendue tâche, qui n’est qu’une espèce du jeu.

« La vie n’est qu’un jeu et un passe-temps. » (Coran, sourate VI, verset 33 [Si on se réfère à la traduction de Pesle et Tidjani (Paris, Larose), on a : « La vie n’est que jeu et futilité. » Voilà déjà une nuance qui n’est pas celle de la traduction que je cite. Si vous ajoutez le contexte : « La vie future est le plus grand bien pour ceux qui craignent. Allez-vous réfléchir ? », le sens devient : « La vie d’ici-bas n’est rien auprès de la vie éternelle. » Alors que le sens que j’ai toujours donné à ma traduction est : « la vie est un jeu dont il faut jouir, sans plus », c’est-à-dire un sens voisin de celui du proverbe espagnol : « la vie est un fandango, et celui qui ne le danse pas est un sot. »])

« Jeune, actif, et se portant bien comme il faisait, que pouvait-il (Jules César) faire de mieux que conquérir le monde ? » (La Bruyère)

« Qu’ai-je fait ? Je me suis fait plaisir… » Gallieni, sur la pente descendante de sa carrière. (Lyautey, Lettres du Tonkin.)

Notre pensée va jusqu’à un certain point, qu’elle ne dépasse jamais, comme la mer ne dépasse jamais, dans ses marées, une certaine ligne. Je n’ai pas été plus loin que les phrases que je viens de citer.

Et voici les autres phrases du sachet, importantes sans être essentielles :

« La journée va être rude. » Parole de Damiens, dans une circonstance que j’ai dite plus haut.

« Comme si de rien n’était.» (M.)

« On déclare sage celui qui se rend compte de la réalité des choses, autant qu’il lui est possible. » (Djâmi.)

« La destitution vaut mieux que l’emploi.» (Saadi)

« Quand tu entres dans une maison, regarde où est la sortie. » (Saadi, d’après Locmân.)

« Comme le bien et le mal finiront, sois donc, à ton choix, le mal ou le médicament. » (Khayyâm)

« Le rossignol, à chaque instant, chante sur une rose différente ». (Saadi)

« Par toutes nos pensées nous différons du vulgaire. Ressemblons-lui par nos dehors. » (Sénèque)

« La vraie joie est chose sérieuse. » (Sénèque)

« Un bon pilote continue à naviguer avec les voiles déchirées. » (Sénèque)

« Je n’ai d’extraordinaire que de trouver facile ce qui l’est réellement. » (Casanova)

« Si tu veux être heureux, si tu veux être homme de bien, laisse les autres te mépriser. » (Sénèque)

« Enseigne-moi comment supporter la sauvage épreuve sans gémir, et la félicité sans faire gémir autrui. » (Sénèque)

« Naviguer tous feux éteints. » (M.)

« Garder tout en composant tout. » (M.)

« Toujours tenir sa parole, même si on l’a donnée à un chien. » (Précepte des samouraïs.)

« Dans la lutte, on descend au niveau de l’adversaire. » (Sénèque)

« Rien n’est plus admirable que l’âme. Quand elle est grande, rien n’est plus grand qu’elle. » (Sénèque)

« Vous êtes d’accord avec votre adversaire. » (Un personnage de Port-Royal)

« Le mot que tu n’as pas dit est ton esclave. Le mot que tu as dit est ton maître. » (Proverbe « oriental »)

« Si tu te résous toi-même, le problème du monde est résolu. » (M.)

« Si on livrait ton corps au premier venu, tu t’indignerais. Mais quant tu livres ta propre pensée au premier venu, au point, s’il t’injurie, de la laisser gagner par le trouble et la confusion, tu n’en as pas honte ? » (Epictète).

« Il est impossible que des hommes qui ont renoncé à penser ne s’émerveillent pas devant les aéroplanes. » (Tolstoï)

« Je ne me donnerai pas cette peine. » (M.)

« La partie se joue ailleurs. » (M.)

« Il faut surtout avoir du bon sens. » (Napoléon)

« On ne jouit de soi-même que dans le danger ». (Napoléon)

« L’homme est né pour être heureux. » (Napoléon)

« Apprends à être heureux. » (un personnage d’Euripide)

« Si tu t’occupes trop de tes affaires, tu n’es plus le maître, tu es l’intendant. » (Ceci de mémoire) (Sénèque)

« Il est nécessaire de naviguer. Il n’est pas nécessaire de vivre. » (Pompée)

Des cinq « pensées qui soutiennent », que j’avais écrites sur un petit bristol que je portais sur moi quand j’étais à la guerre, en 1940, je retiens :

« Dans l’épreuve, il n’y a qu’à lui opposer le plus vif courage. L’âme jouit de son courage et oublie de considérer le malheur. » (Stendhal)

« Plein de dédain pour le supplice qu’il endure. » (Dante)

Les phrases incantatoires de « Quo Vadis ».

Ce n’est pas fini.

Je consacre dans un livre en cours de composition, Cette voix d’un autre monde, une longue étude au roman Quo Vadis, très nécessaire pour qui veut comprendre ce que je suis et ce que j’écris. Comme je ne sais si Cette voix, ouvrage consacré aux Romains, et qui demande un travail d’érudition assez long, verra le jour de mon vivant, je tiens beaucoup à signaler ici un certain nombre de phrases, les unes de l’auteur de Quo Vadis, Sienkiewicz, les autres d’un des héros de son roman, phrases avec lesquelles j’ai eu, dès l’âge le plus tendre – disons neuf ans – une correspondance si profonde qu’elle en est pour moi très troublante, et qui a duré toute ma vie.

- « Pétrone n’était pas ivre. » Capital. Il faut n’être pas ivre.

- « Pétrone, voluptueux et sceptique, lorsqu’il a daigné, autrefois, se donner un peu à l’action, a été (en Bithynie) « un gouverneur énergique et juste ».

- Pétrone se tue parce qu’il est devenu suspect à Néron, mais aussi quand Néron et sa cour lui apparaissent par trop écoeurants et grotesques.

- Il aurait pu, s’il l’avait voulu, être préfet des prétoriens, et par là il sauvait sa vie. Mais cela l’ennuyait trop.

- Pas de mort dramatique, ni même trop sérieuse. Mourant, il se fait lire carmina levia, des « poésies légères » (Tacite). Important.

- Sa dernière libation est pour la déesse Cypris, déesse de la volupté, et pour elle seule, cela est souligné.

- Ensuite il brise sa coupe la plus précieuse. Que ce à quoi il tient le plus disparaisse avec lui ! (« Les derniers ! Nous serons les derniers ! » (Santiago)

- Les convives sentent qu’avec lui « périssait l’ultime apanage du monde romain, sa beauté et sa poésie ». Pétrone meurt en même temps qu’une civilisation. [Idée propre à l’auteur de Quo Vadis. Ce n’est sûrement pas en l’an 65 que périt ni même commence de périr une civilisation.]

Quelques paroles de Pétrone :

- « La vie est trop courte pour qu’on se donne la peine d’entreprendre quoi que ce soit. »

- « Néron ne me verra ni terrifié ni suppliant. »

- Aux chrétiens : « Votre bonheur n’est pas fait pour moi. » A Vinicius : « Laisse-moi la paix avec tes chrétiens. Tu es un homme fait d’une autre argile. »

- « Celui qui a su vivre doit savoir mourir. » Capital. L’art de vivre et l’art de mourir solidaires.

Puisque le hasard, et un peu de volonté, l’ont voulu ainsi, que cette phrase soit la dernière de ces Carnets.

18 décembre 1964. »

Va Jouer Avec Cette Poussière, Carnets 1958-1964, pages 191-199

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CARLA BRUNI-SARKOZY et MONTHERLANT : COMME SI DE RIEN N’ETAIT » Blog Page 2007

CARLA BRUNI-SARKOZY : COMME SI DE RIEN N’ETAIT - TROISIEME DISQUE | SARKOZY - NICOLAS SARKOZY 2007-2012 BLOG

COMME SI DE RIEN N’ETAIT

UE2008.FR SITE OFFICIEL DE LA PRESIDENCE FRANCAISE DU CONSEIL DE L’UNION EUROPEENNE



Le site de la présidence française du Conseil de l’Union européenne
ouvrira le 1er juillet 2008.

Dès à présent vous pouvez consulter le calendrier prévisionnel du second semestre 2008 ainsi que le
calendrier des
principaux événements pour le mois de juillet
.

UE2008.fr - La présidence française du Conseil de l’Union européenne 2008

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La Tour Eiffel s’allume aux couleurs de l’Europe - le 30 juin




Présidence française de l’Union européenne

le lundi 30 juin 2008 à 23:00

Paris, Tour Eiffel (Place de Varsovie)

Le 30 juin, à 23h, la Tour Eiffel s’illumine aux couleurs de l’Europe, pour 2 mois.

Le 1er juillet, la France prend la présidence de l’Union européenne. Et lance par la même occasion une série d’événements pour promouvoir l’idée européenne en France.

En bas du Trocadéro et sur le champ de Mars.

Sur Facebook:
http://www.facebook.com/event.php?eid=17712608877

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CARLA BRUNI-SARKOZY : COMME SI DE RIEN N’ETAIT - TROISIEME DISQUE



Le troisième album de Carla Bruni-Sarkozy, dont la sortie est prévue le 21 juillet, s’intitule “Comme si de rien n’était“, titre d’une oeuvre photographique de son frère Virginio, qui illustre également la pochette.

Les royalties (droits d’auteur) de Carla Bruni seront, à sa demande, intégralement reversées à des oeuvres caritatives ou humanitaires.

Commander le disque sur AMAZON.

COMME SI DE RIEN N’ETAIT

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Visages d’art dans la peinture et le cinéma



Parenthèse artistique : les oeuvres vidéos de Philip Scott Johnson, montages très travaillés, reposant sur le morphisme.

Grands acteurs de cinéma, grandes actrices, personnages féminins dans la peinture occidentale, auto-portraits de peintres masculins, visages d’art

Actrices:

Mary Pickford, Lillian Gish, Gloria Swanson, Marlene Dietrich, Norma Shearer, Ruth Chatterton, Jean Harlow, Katharine Hepburn, Carole Lombard, Bette Davis, Greta Garbo, Barbara Stanwyck, Vivien Leigh, Greer Garson, Hedy Lamarr, Rita Hayworth, Gene Tierney, Olivia de Havilland, Ingrid Bergman, Joan Crawford, Ginger Rogers, Loretta Young, Deborah Kerr, Judy Garland, Anne Baxter, Lauren Bacall, Susan Hayward, Ava Gardner, Marilyn Monroe, Grace Kelly, Lana Turner, Elizabeth Taylor, Kim Novak, Audrey Hepburn, Dorothy Dandridge, Shirley MacLaine, Natalie Wood, Rita Moreno, Janet Leigh, Brigitte Bardot, Sophia Loren, Ann Margret, Julie Andrews, Raquel Welch, Tuesday Weld, Jane Fonda, Julie Christie, Faye Dunaway, Catherine Deneuve, Jacqueline Bisset, Candice Bergen, Isabella Rossellini, Diane Keaton, Goldie Hawn, Meryl Streep, Susan Sarandon, Jessica Lange, Michelle Pfeiffer, Sigourney Weaver, Kathleen Turner, Holly Hunter, Jodie Foster, Angela Bassett, Demi Moore, Sharon Stone, Meg Ryan, Julia Roberts, Salma Hayek, Sandra Bullock, Julianne Moore, Diane Lane, Nicole Kidman, Catherine Zeta-Jones, Angelina Jolie, Charlize Theron, Reese Witherspoon, Halle Berry

Toute la série en suivant ces liens :

See Video MEN IN FILM - GRANDS ACTEURS
See Video WOMEN IN FILM - GRANDES ACTRICES
See Video LEONARDO DA VINCI
See Video VISAGES D’ART
See Video SELF PORTRAITS - 500 Years of Male Self Portraits in Western Art
See Video WOMEN IN ART - LES FEMMES DANS LA PEINTURE OCCIDENTALE

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NICOLAS SARKOZY : On ne va pas remettre l’Europe pour dix ans de discussions institutionnelles



S’exprimant lors d’un déplacement en République tchèque, Nicolas Sarkozy a souhaité que la situation européenne soit gérée avec calme et sang froid, précisant :

On ne va pas remettre l’Europe pour dix ans de discussions institutionnelles“.

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A propos de l’OTAN - ORGANISATION DU TRAITE DE L’ATLANTIQUE NORD



A propos de l’OTAN, suite à la décision de Nicolas Sarkozy de réintégrer les structures militaires

- Les questions souvent posées, et les réponses officielles de l’OTAN.

Q: Que fait l’OTAN ?

R : L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une Alliance de 26 pays d’Amérique du Nord et d’Europe résolus à réaliser les objectifs du Traité de l’Atlantique Nord, qui a été signé le 4 avril 1949. Aux termes de ce traité, l’OTAN a pour rôle fondamental de sauvegarder la liberté et la sécurité de ses pays membres par des moyens politiques et militaires. L’OTAN joue un rôle de plus en plus important dans la gestion des crises et le maintien de la paix.

Pour plus d’informations, on consultera Bienvenue à l’OTAN

Q: L’OTAN dispose-t-elle de ses propres forces armées?

R : Tous les pays membres qui participent au volet militaire de l’Alliance apportent des contributions en forces et en matériels, qui ensemble constituent la structure militaire intégrée de l’Alliance. Ces forces et ces moyens restent sous le commandement et le contrôle national jusqu’à ce que l’OTAN fasse appel à eux pour une mission spécifique (conflit, crise, opération de maintien de la paix). L’OTAN possède toutefois certaines capacités communes qui lui appartiennent et qu’elle exploite, telles que les avions-radars AWACS de détection lointaine.

Pour plus d’informations, on consultera le Dossier de l’OTAN au sujet de la Nouvelle structure de commandement de l’OTAN

Q: Quelles conditions faut-il remplir pour adhérer à l’OTAN ? Quels pays sont admissibles ?

R : L’OTAN applique, en ce qui concerne l’élargissement, une politique de la porte ouverte. Tout pays européen susceptible de favoriser le développement des principes du Traité de Washington et de contribuer à la sécurité de la région euro-atlantique peut devenir membre de l’Alliance à l’invitation du Conseil de l’Atlantique Nord.

Les pays candidats à l’adhésion à l’OTAN doivent aussi respecter certains objectifs politiques, économiques et militaires pour être à même de contribuer à la sécurité de l’Alliance et pour en bénéficier.

Le Plan d’action pour l’adhésion de l’OTAN a pour but d’aider les pays partenaires candidats à se préparer ; ce plan propose en effet un cadre qui permet à l’OTAN d’apporter aux candidats l’aide et le soutien concrets nécessaires concernant tous les aspects de l’adhésion à l’Organisation.

Pour plus d’informations, on consultera l’Elargissement de l’OTAN

Q: Quelle est la position de l’OTAN concernant l’Iraq ?

R : La campagne contre l’Iraq en 2003 a été menée par une coalition de forces de différents pays dont certains étaient membres de l’OTAN et d’autres ne l’étaient pas. En tant qu’organisation, l’OTAN n’a pas participé à la campagne, mais elle a pris un certain nombre de mesures conformément à l’article 4 du Traité de l’Atlantique Nord pour veiller à la sécurité de l’un de ses membres - la Turquie - pour le cas où celle-ci se trouverait menacée en raison de la guerre en Iraq.

Le 21 mai 2003, l’Alliance a accepté d’aider la Pologne, qui est membre de l’OTAN, à diriger un secteur dans la force de stabilisation en Iraq. L’OTAN n’aura pas de présence permanente en Iraq, mais elle aidera la Pologne de différentes façons et notamment pour la constitution de la force, les communications, la logistique et les mouvements.

Pour plus d’informations, on consultera le Dossier de l’OTAN au sujet de l’aide apportée par l’OTAN à l’Iraq.

Q: Quel est le rôle de l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme ?

R : Le 12 septembre 2001, moins de 24 heures après les attentats terroristes contre les États-Unis, l’OTAN a déclaré que ces attaques étaient une attaque contre les 19 pays membres de l’OTAN aux termes de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord.

Cette décision historique a été suivie de mesures concrètes visant à aider les États-Unis dans différents domaines en rapport avec sa campagne contre le terrorisme.

Pour plus d’informations, on consultera la contribution de l’OTAN à la lutte contre le terrorisme

Q: L’OTAN intervient-elle en Afghanistan ?

R : Oui. L’OTAN, qui dirige la force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), contribue à créer les conditions qui permettront à l’Afghanistan de se doter d’un gouvernement représentatif et de jouir d’un climat durable de paix et de sécurité.

L’OTAN a pris le commandement et assumé la direction de l’ISAF en août 2003. C’est, dans l’histoire de l’OTAN, la première mission en dehors de la région euro-atlantique. Il s’agissait au départ d’assurer la sécurité à Kaboul et aux alentours, mais cette mission est en cours d’élargissement et elle concernera d’autres régions du pays.

Pour plus d’information, on consultera l’OTAN en Afghanistan

Q: Quel est le statut de la Russie ? - Est-ce un pays partenaire ?

R : Oui. L’OTAN et la Russie se sont engagées mutuellement en 1997 à travailler ensemble pour construire un continent stable, sûr et sans division sur la base du partenariat et de l’intérêt commun.

Cet engagement réciproque a été renforcé en mai 2002, avec la création du Conseil OTAN-Russie (COR), qui regroupe les pays membres de l’OTAN et la Russie; le COR cherche à définir et à exploiter les possibilités d’actions conjointes à vingt-sept, tous les partenaires étant égaux.

Pour plus d’informations, on consultera les relations OTAN-Russie

Q: Quelles sont les langues officielles de l’OTAN ?

R : Les deux langues officielles de l’OTAN sont l’anglais et le français.

Pour plus d’informations, on consultera le Communiqué final suite à la réunion du Conseil de l’Atlantique nord le 17 sept. 1949.

Q: Combien coûte l’OTAN et par qui est-elle financée ?

R : L’OTAN est une organisation intergouvenementale à laquelle les pays membres allouent les ressources nécessaires pour lui permettre de fonctionner. Elle dispose de trois budgets : un civil et deux militaires. Chaque pays membre de l’OTAN verse aux budgets une somme qui est calculée suivant une formule agréée de partage des coûts. Ensemble, ces budgets représentent moins d’un demi pour cent de l’ensemble des dépenses de défense des pays de l’OTAN.

Pour plus d’informations, on consultera le Manuel de l’OTAN

Q: Quels sont quelques livres recommandés sur l’Otan?

A: On peut tout d’abord se référer aux documents produits par la Division de la Diplomatie publique, en particulier le manuel de l’OTAN. Ces ouvrages peuvent être consultés et commandés à l’adresse suivante: http://www.nato.int/docu/

Pour ceux que l’histoire et les débuts de l’Organisation intéressent, on pourra consulter avec profit:

  • OTAN : les cinq premieres années : 1949-1954 de Lord Ismay Il s’agit en fait du premier manuel de l’OTAN rédigé par son premier secrétaire général.
    Le texte a été numérisé par le service des Archives et est disponible à l’adresse suivante : http://www.nato.int/archives/1st5years/index.htm

Même si une véritable histoire de l’Organisarion reste encore à écrire, on peut ausi consulter deux ouvrages

  • A History of NATO : The First Fifty Years / sous la direction de Gustav Schmidt. - Houndmills, UK : Palgrave, 2001. - 3 vol.
  • Histoire de l’OTAN / Charles Zorgbibe - Bruxelles : Complexe, 2002. - (Questions Histoire de l’OTAN / Charles Zorgbibe - Bruxelles : Complexe, 2002. - (Questions à l’Histoire)

ainsi que:

  • L’Alliance atlantique et l’OTAN, 1949-1999 : un demi-siècle de succés / sous la direction de Pierre Pascallon. - Bruxelles : Bruylant, 1999. - (Organisation internationale et relations internationales ; 51)

Sur les relations entre l’OTAN et les Etats-Unis:

  • The Long Entanglement : NATO’s First Fifty Years / Lawrence S. Kaplan. - Westport, CT : Praeger, 1999.

Pour les questions liées à l’élargissement de l’OTAN, on pourra se référer à:

  • Almost NATO : Partners and Players in Central and Eastern European Security / edited by Charles Krupnick. - Lanham, MD : Rowman & Littlefield, 2003.
  • Opening NATO’s Door : How the Alliance Remade Itself for a New Era / Ronald D. Asmus. - New York : Columbia University Press, 2002.

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NICOLAS SARKOZY : Rien ne s’oppose à ce que nous participions aux structures militaires de l’Otan | SARKOZY - NICOLAS SARKOZY 2007-2012 BLOG


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