Les cinq difficultés de la méthode Sarkozy, par Charles Wyplosz
Loin de l’exaltation antisarkozyste de certains, Charles Wyplosz, professeur d’économie, Institut Universitaire de Hautes Etudes Internationales (Genève), tente un bilan à froid des premiers mois de la Présidence de Nicolas Sarkozy.
Premier bilan sans concession mais sans mauvaise foi. En conclusion, Charles Wyplosz esquisse quelques solutions.
Extrait:
En principe, c’est une bonne idée. Parce que chaque réforme utile remet en cause des positions acquises, souvent de longue date, elle génère l’hostilité des personnes qui en font les frais. L’avantage de faire appel en même temps au sens civique de chaque Français pour demander un petit bout de sacrifice pour le bien-être collectif est qu’il est possible de dénoncer les résistances éventuelles comme autant d’égoïsmes responsables du déclin, autre thème martelé durant la campagne. On pense à Churchill qui promettait du sang et des larmes pour sauver la patrie. Avec beaucoup de pédagogie, dans la foulée de l’élection et de la légitimité qui l’accompagne, c’était jouable. Mais, bien sûr, le risque a toujours été que ne se constitue un large front du refus, une alliance contre-nature des notaires, des fonctionnaires, et des hypermarchés. “
“La méthode a buté sur cinq difficultés.
Tout d’abord, ce n’est pas le sens civique qui a été au rendez-vous, mais le cynisme. Cynisme des cheminots qui n’ont même pas essayé d’utiliser l’argument, éculé il est vrai, de la sécurité des passager ou de la qualité du service public pour défendre leurs privilèges. Cynisme des avocats qui veulent défendre le fromage des divorces. Cynisme des juges qui veulent maintenir leur statut de notables de province. La liste est longue.
Ensuite, Nicolas Sarkozy s’est laissé enfermer dans un calendrier trop long. Après le feu d’artifice des premières semaines (loi TEPA, autonomie des universités, carte scolaire, assouplissement des 35 heures, fusion ANPE-UNEDIC) on est entré dans une longue phase de gestation. La réforme des régimes spéciaux a semblé relancer le mouvement, d’autant que le gouvernement a gagné sa grève symbolique, mais la suite n’est pas arrivée.
Troisième déception, les annonces de réformes portaient bien la marque de la rupture, mais leur mise en œuvre rappelle fortement les bonnes vieilles négociations. Face aux résistances des étudiants on a écarté la sélection. La réforme des régimes spéciaux de retraite a été maintenue dans son principe, mais répartie sur un temps bien long. Après deux tentatives partielles, les 35 heures sont moribondes mais bougent encore. A chaque fois, le gouvernement a mis la main dans l’escarcelle pour conclure des négociations pénibles.
Il y a aussi la méthode de la sous-traitance des réformes. Commissions Balladur, Attali ou Pochard, Grenelle de l’environnement, négociations syndicats-patronats sur le contrat de travail, et bien d’autres enceintes ont été chargé de proposer les ” réformes que nous ferons “. Cela semblait une bonne idée. Si les parties concernées se mettent d’accord sur des réformes, elles seront politiquement faciles à mettre en œuvre. Oui, mais comme ces cénacles sont constitués autour des groupes de pression qui ont su si efficacement bloquer toutes les réformes depuis trente ans, la plupart des propositions qui en sortent ne sont qu’une pâle copie des lettres de mission.
Enfin, l’approche tous azimuts se révèle dangereuse, non pas à cause de l’émergence d’un front du refus qui n’existe pas, du moins pas encore, mais parce qu’elle conduit à la dispersion des efforts et au gommage des priorités. Nicolas Sarkozy est convaincu qu’il y a beaucoup à faire et que trop de temps a été perdu. Il a raison, mais cela signifie qu’il faut commencer, en début de mandat, par le plus important, qui est souvent le plus difficile, et conduire des réformes entières.”
En conclusion, Charles Wyplosz estime:
“Pour baisser le chômage durablement et de manière très substantielle, il faut réformer le marché du travail. Bien sûr, l’éducation, la recherche, la mobilité des travailleurs et plein d’autres choses permettront d’améliorer la situation, mais à la marge. Le cœur du sujet, c’est le contrat de travail et le traitement du chômage.
Il reste peu de temps au gouvernement pour identifier le chômage comme sa priorité absolue et y consacrer tout son capital politique, au lieu de se disséminer sur une kyrielle de mesures qui sont toutes utiles, mais dont l’addition n’est pas à la hauteur des ambitions annoncées. Cela suppose une réforme du marché du travail qui aille au-delà des accords syndicats-patronat et des propositions de la Commission Attali. Cela suppose aussi et surtout l’offre de compensations aux personnes qui auraient à subir les conséquences de la réforme. Si, durant son mandat, Nicolas Sarkozy n’aura réussi que cette réforme, mais elle doit être complète, il rentrera dans les livres d’histoire comme le président qui a amorcé le redressement du pays. Sinon, comme ses prédécesseurs, il laissera le souvenir de quelques avancées glorieuses, mais le déclin de la France se poursuivra inexorablement.”
Son analyse est à lire en intégralité sur le site Telos:


